Il est 00h30 et je regarde une vidéo d’un dev sur X. “I was a 10x engineer. Now I’m useless.” Le mec raconte comment son cerveau refuse de coder manuellement, comment GPT 5.4 et Codex ont atrophié sa capacité à écrire du code. Il a deploy sans review, confiance aveugle dans l’IA, et ça a marché. Mais il se sent vide.
Je me reconnais. Mon cerveau est fried. Je ne pourrais certainement plus coder une ligne manuellement comme avant. Les patterns TypeScript, les raccourcis, la mémoire musculaire, tout ça s’est érodé sans que je m’en rende compte.
Alors j’ai laissé un commentaire. Et en l’écrivant, j’ai réalisé un truc sur moi que j’avais jamais formulé aussi clairement :
“I’m having way more fun on my projects. I think because from the start, i wasn’t interested in providing ’technical’ solutions to people, rather i just want to help people. LLM’s give me the ability to see my users relief faster. And to express what i had always wanted faster.”
Je n’ai jamais pleuré la perte de ma capacité à coder. Pas une seconde.
Pourquoi lui souffre et pas moi
Je pense que c’est une question d’identité. Le dev de la vidéo, toute sa valeur était dans la technique. L’élégance algorithmique, l’architecture propre, la maîtrise du langage. C’était qui il était. Quand les LLMs ont pris cette capacité, ils ont pris un morceau de lui.
Moi, je n’ai jamais été un technicien dans l’âme. J’ai passé des années sur Angular, NestJS, l’architecture propre. Je suis content de l’avoir fait. Mais c’était pas ce qui me définissait. Ce qui me définit, et je m’en rends compte de plus en plus clairement, c’est que je veux aider des gens. Le code c’était juste le chemin que j’avais trouvé pour y arriver.
Du coup les LLMs n’ont pas pris mon identité. Ils ont plutôt enlevé un truc qui était entre moi et ce que je voulais vraiment faire. Et c’est pour ça que j’ai plus de fun maintenant. Je construis Bienvenue, Candineo, ScanR, des projets où je vois directement l’impact. Je vois le soulagement des gens plus vite. Je peux exprimer ce que j’ai toujours voulu plus rapidement.
Le même soir, je tombe sur un tweet de @signulll (868K vues) qui dit : “Building is no longer hard. The variance in outcomes has shifted almost entirely to judgment on what to build, how to sequence it, & how to talk about it.” Et ça met des mots sur un truc que je ressentais sans savoir l’exprimer. Ce qui a changé, c’est pas que l’IA code mieux que moi. C’est que coder n’est plus la partie difficile. Ce qui est devenu rare, c’est savoir quoi construire, dans quel ordre, et pourquoi.
Il propose un nom : “product thinker.” Quelqu’un qui comprend ce qui est techniquement possible, qui comprend ce qui résonne avec les gens, et qui sait raconter l’histoire du produit. En janvier, dans Hello World, je parlais du Product Engineer, le concept de PostHog. Deux mois plus tard, le concept a évolué dans ma tête. Le Product Engineer c’était encore ancré dans “je code mais je pense produit.” Le Product Thinker c’est autre chose. C’est quelqu’un dont la valeur vient des décisions qu’il prend, pas du code qu’il produit. Et en y réfléchissant, c’est exactement ce vers quoi je dérive naturellement depuis des mois sans mettre de mot dessus.
Ce que ça remue
Ce qui m’a frappé ce soir, c’est que l’IA ne crée pas une crise d’identité. Elle expose une identité qui n’était pas solide. Le dev de la vidéo avait construit toute sa valeur sur la technique. Quand la technique est devenue commodité, sa valeur s’est effondrée avec. Moi, j’ai eu de la chance, ou c’est juste ma nature, ma valeur n’a jamais été là-dedans.
Dans L’IA amplifie ce qui existait déjà, j’écrivais que l’IA ne compense pas un process flou, elle l’expose. C’est pareil pour l’identité. Si ton identité tenait sur le fait que tu savais coder ce que les autres ne pouvaient pas, et que maintenant tout le monde peut coder, il reste quoi ?
Autour de moi je vois la même chose se dessiner. Pas une division entre ceux qui utilisent l’IA et ceux qui résistent. Plutôt entre ceux qui avaient mis toute leur identité dans le code et ceux qui l’avaient mise ailleurs. Les premiers galèrent. Les seconds font ce qu’ils voulaient faire depuis longtemps, juste plus vite.
On me demande parfois “est-ce que l’IA va remplacer les développeurs ?” Je sais pas. Mais la question que je me pose c’est plutôt : qui j’étais vraiment, sous le code ? Qu’est-ce qui restait de moi si on enlevait Angular, NestJS, TypeScript ? Pour moi la réponse c’est : tout ce qui comptait vraiment.
Mon cerveau est fried pour le code manuel. Mais j’ai jamais eu autant de clarté sur ce que je veux faire.
Références
- @atmoio: “I was a 10x engineer. Now I’m useless.”
- @signulll: “The most underrated hire is a product thinker” (868K views)
- DX Research: 93% of Developers Use AI (121K développeurs mesurés)